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Enseignement et valorisation

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ANTHROPOLOGIE DE LA MER : Variétés et similitudes des formes d’interactions avec le milieu maritime.

Orientations :

N’y a-t-il pas une certaine étrangeté à parler d’anthropologie maritime ? En quoi la mer peut-elle constituer un objet anthropologique ? Et comment des contrastes culturels pourraient-ils y affleurer ? Poser naïvement la question de l’énoncé de ce séminaire constitue une entrée fructueuse. La mer : cet espace indifférencié, « veuf de routes » (Detienne, 1974 : 275), « irrémédiablement sauvage » (Corbin, 2010 :75), semble bien en effet résister à toute empreinte anthropique et rétive à toute forme de « domestication ». De nombreux exemples nous démontrent pourtant le contraire, et les différentes revendications, qui s’élèvent de part et d’autres du globe ces dernières décennies en faveur de la reconnaissance de droits autochtones sur la mer, incitent à nous demander plus précisément ce qui en définit l’appropriation. Notre cours se propose d’y réfléchir en mettant en évidence, par la mobilisation d’exemples ethnographiques précis, la variété des savoirs et des usages que la mer suscite ainsi que leurs transformations, sous la pression d’enjeux contemporains divers (émergence d’un droit de la mer, prospections offshore, création d’espaces maritimes protégés).

Cette réflexion n’est pas marginale. Elle s’inscrit dans un ensemble plus vaste de travaux, dont l’objectif a consisté à comprendre les façons dont milieux maritimes et structures sociales interagissent. Regroupé sous le titre « d’anthropologie maritime », ce « sous-champ disciplinaire » (Breton, 1981), depuis près d’un demi siècle qu’il existe, ne constitue toutefois pas un bloc de questionnements et de perspectives homogènes. Quoique son objet soit commun : la mer, l’anthropologie maritime a été traversée par des impulsions théoriques diverses, et contient des recherches d’une grande amplitude, dont il est important à l’occasion de ce cours de relever les singularités. La perspective technologique, ou socio-économique portée sur les sociétés de pêcheurs diffère de celle, particulièrement vivace ces dernières décennies, qui consiste à comprendre de l’intérieur les perceptions locales (épistémologiques, symboliques et rituelles) associées à la mer. Cette variété de lectures, qui illustre bien la nécessité pour décrire la mer d’en faire apparaître « la vie multiple » (Giono), indique également beaucoup de la façon dont la pensée anthropologique évolue en direction d’un objet sur lequel s’était adossée sa réflexion, et qu’elle tend désormais à investir : la « nature ». Notre examen aura donc une dimension critique et réflexive notable.

Objectifs et méthodologie :

L’objectif de ce cours est donc de donner un aperçu suggestif de la variété des perceptions, savoirs et usages de la mer dans des aires géographiques et culturelles variables. Pour y répondre, nous avons défini quelques « entrées ». Ces entrées circonscrivent des champs d’analyse communs à l’ensemble des sociétés maritimes et permettent de mettre en évidence, dans l’extraordinaire diversité de réponses locales, des similitudes. Elles portent sur :
-  La tenure maritime : la variété des modes d’appropriation de l’espace maritime, la nature et la labilité des frontières qui le circonscrivent (I)
-  L’ethno-ichtyologie : la variété des modes de connaissance que l’on peut avoir de la faune et flore marines, des façons de découper et d’en classer les existants (II)
-  Les interdits et croyances associés à la mer : la variété de leurs formes et de leurs objets, la façon dont ils structurent les relations sociales et écologiques (III) 
-  L’étroite coïncidence entre savoirs sensibles et appréhension du milieu maritime, et la convergence des réflexions menées par l’anthropologie de la mer et l’anthropologie des sens (IV) :

Notre réflexion se situera à l’intersection de trois champs théoriques :
-  Celui de l’anthropologie de la nature, en y introduisant une réflexion qui y a toujours été occultée : l’anthropologie de cette « nature », sans doute la plus méconnue et la moins aisément domesticable, qu’est la mer.
-  Celui de l’anthropologie de la conservation, en nous penchant sur les problématiques globales, liées à la conservation de la biodiversité marine, à la compatibilité des savoirs locaux et des politiques de gestion de la nature. À ce titre, nous adopterons un regard critique sur l’émergence des catégories de « savoirs locaux », et la volonté d’incorporer des modes de gestion coutumière des ressources à des modèles institutionnels de gouvernance de la nature.
-  Celui de l’anthropologie des sens et du corps, en nous interrogeant sur la transmission des pratiques sensibles et les difficultés qui en résultent pour l’enquête anthropologique.